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ABOUTISSEMENT



Après les réserves qu'il convient d'apporter en précisant que les toros de Jandilla d'hier étaient parfaitement conforme à ce qu'en attendent les figuras, il serait injuste de ne pas reconnaître à sa juste valeur la somptueuse prestation de Perera.

En 2006 déjà, Perera avait amplement démontré sa capacité à s'installer dans le sitio d'Ojeda pour y toréer de manière bien plus classique que lui, sa gestuelle déliée et son allonge remarquable lui ayant permis de parfaire les connaissances techniques développées avant lui, au point, mais oui, qu'on doit le considérer comme l'exemple à partir duquel le Juli, puis les autres, ont eux-mêmes progressé.

Dans quel domaine ? Essentiellement dans la manière de gérer l'intervale existant entre la fin d'un muletazo et le début du suivant. Avant Perera, on peut le vérifier sur les videos, tous les toreros perdaient plus ou moins longtemps l'emprise qu'ils exerçaient sur le toro. Depuis qu'il a montré comment faire pour combler ce vide, ceux qui ont été capables de comprendre son apport puis de se l'approprier, ont gagné en continuité et en pouvoir. Le Juli le premier.

En quoi consiste le secret ? Dans une innovation très facile à observer mais beaucoup moins à mettre en pratique : en fin de passe, au lieu d'ouvrir la porte au toro et de se retirer pour lui re-proposer la muleta après s'être replacé, Perera, puis ceux qui l'ont copié, demeure dans le sitio, voire gagne un pas en direction du toro, afin de pouvoir le suivre jusqu'à l'ultime centimètre de son embestida sans que la muleta ne quitte son champ de vision, ce qui permet au torero d'ôter au toro tout pouvoir de décision, à condition bien sûr qu'il obéisse.

Chacun comprendra qu'il faut un courage important pour se livrer à cet exercice qui est, aujourd'hui, la véritable frontière qui délimite le terrain des figuras et des autres : ceux des toreros qui sont capables de franchir cet espace jadis réservé au seul toro pénètrent ipso facto sur le terrain de l'excellence, tandis que ceux qui n'y parviennent pas sont irrémédiablement condamnés à jouer les second rôles.

Pourquoi Perera n'occupe-t-il pas une place plus en vue dans l'escalafon où, s'il est dans le haut du tableau, il n'est toutefois pas dans le dernier carré ? D'abord, parce qu'au terme de sa saison phare, il reçut une grave blessure qui le mit hors circuit durant plusieurs mois. Ensuite, parce qu'ayant voulu rentabiliser trop vite sa grande temporada, il tomba dans le même piège qui conduisit Castella à se retirer momentanément : exiger des empresas les cachets les plus élevés sans les justifier ensuite dans l'arène, est une faute que l'on pardonne rarement.

Enfin, c'est le plus important car c'est sans doute le plus facile à corriger, parce que Perera, d'un naturel plutôt réservé, n'a jamais donné ni dans l'auto-satisfaction dont ses connfrères sont si généreux dans les medias, ni dans la mise en scène des choses importantes qu'il réalise dans l'arène. Froid il est, froid il reste, et comme sa tauromachie extrêmement puissante est parfois difficile à décoder, en ce sens qu'elle masque les difficultés des toros, il en a toujours coûté au public de l'apprécier à sa juste mesure hormis quand il débute on termine ses faenas de manière spectaculaire.

En cette fin de temporada 2011, Perera, à Bayonne mais aussi un peu partout, a retrouvé son meilleur niveau et apparaît comme le torero offrant le toreo le plus abouti ; il n'est certes pas un artiste, mais aujourd'hui, mieux que quiconque, il est capable de toréer bien n'importe quel type de toros, les commerciaux comme les plus difficiles. Peut-être d'ailleurs devrait-il penser à provoquer une prise de conscience chez le public, en affrontant précisément des adversaires susceptibles de mieux mettre en valeur sa capacité et de lui permettre de marquer la différence avec ses compañeros. Un pari osé, mais qui pourrait sans doute lui permettre de remonter tout en haut de l'escalafon.

André Viard



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tem40 Le: 04/09/11
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