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Les veilleurs de toros


Dimanche, lorsque les six novillos et les six taureaux des corridas des fêtes d’Orthez rendront leur dernier souffle dans les arènes du Pesqué, il en est deux pour qui la mort des bêtes aura un goût tout particulier.
Depuis le callejon, le couloir qui sépare la piste du premier rang des gradins, Amador Perez Rivas, 64 ans, et Juan Antonio Agudo Gomez, 32 ans, assisteront alors à la fin d’un cycle.

Les deux hommes, espagnols, sont mayorales. Les gardiens des taureaux. Ce sont eux qui ont la charge, dans leur ferme respective, de l’éducation des bêtes. De la naissance du taureau à sa dernière salve dans l’arène, ils vivent au plus près de l’animal. Le nourrissent. Le soignent. Le choient. « Le taureau est comme notre propre fils », résume spontanément Juan Antonio Agudo Gomez, qui porte le titre de mayoral depuis 2007.

L’homme est né au milieu des taureaux. Toute sa vie, il l’a passée au côté de son père, lui-même mayoral, dans l’élevage de Boecillo riche de 450 têtes, au sud de Valladolid. Aujourd’hui, le voilà également picador, cavalier de la cuadrilla. « Officiellement, j’ai commencé à travailler à 16 ans, sourit-il. Mais à 8 ans, j’étais déjà à cheval au milieu des bêtes. »

Être fort dans l’arène

Amador Perez Rivas pourrait être le père de Juan Antonio. Ce petit homme à la soixantaine passée a lui aussi consacré son existence à veiller sur les troupeaux. Mayoral depuis vingt-trois ans, il prendra sa retraite au mois d’octobre.

Ensuite, il passera le flambeau à son fils Manuel, qui a grandi dans son sillage, dans la ferme de Sando, un petit village de la province de Salamanque. « Mais je ne m’éloignerai jamais vraiment des taureaux, prévient-il. Ils font partie de mon existence. »

Amador et Juan Antonio partagent ensemble leur métier, leur passion, depuis mardi, dans les corrales de Bayonne. Le premier a la charge des huit novillos prévus pour la novillada. Il était dans le camion lors de l’accident survenu dans la nuit de lundi à mardi et qui a contraint la police espagnole à abattre les novillos présents dans la remorque qui s’est renversée.

« Cela m’a fait énormément de peine. Lorsque tu élèves un taureau, c’est pour le voir être fort dans l’arène, explique-t-il. Pas pour le voir mourir sur la route. »

Juan Antonio raconte à son tour ce qui anime le mayoral dans son travail avec le taureau : « Nous faisons tout pour que la bête soit heureuse. Nous sommes fiers lorsqu’on la voit se battre et qu’elle a l’opportunité de s’exprimer pleinement ».

Juan Antonio se souvient de sa première arène en tant que mayoral. C’était à Parentis-en-Born. Le spectacle avait été assuré. Son taureau n’avait pas été gracié mais un tour de piste avait été accordé à la bête, tractée par les muletiers. Lui avait reçu l’ovation de la foule. La récompense suprême.

Vers l’affrontement

Ce soir, les taureaux rejoindront les arènes du Pesqué. Juan Antonio et Amador laisseront alors derrière eux les enclos de briques où leurs bêtes cohabitent une dernière fois avant d’aller affronter la mort.Les corrales de Bayonne sont perdus au nord de la ville, au bout d’une piste en terre, dans un havre de verdure. L’endroit est loin de la frénésie qui touche les bords de la Nive et pourtant, quelques badauds sont là, foulard autour du cou, pour prendre des clichés des bêtes.

Les mayorales sont aux aguets. « Il ne faut pas que les bêtes s’agitent. Elles pourraient se blesser avant la corrida », s’inquiètent-ils.

« Pour nous aussi la pression commence à monter, avoue Juan Antonio. Quand le taureau sort, on se souvient de tous les moments passés avec lui, donc il faut la surpasser pour profiter de l’instant. »

Juan Antonio et Amador espèrent que les matadors d’Orthez seront bons pour « tirer le meilleur » des taureaux qu’ils ont façonnés. Demain, les deux hommes prieront pour leurs bêtes. En leur souhaitant une mort digne de la vie qu’ils leur ont donnée.

Antoine Védeilhé / Sud-Ouest




tem40 Le: 27/07/13
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