Visiteurs: 165632
Aujourd'hui: 79
 
Si vous me demandez tout de go :

«Pourquoi aimez-vous la corrida ?», j’aurais bien envie de vous répondre :

«Mais, s’agit-il d’aimer la corrida ?». Demande-t-on à un fumeur pourquoi il aime le tabac ? A un drogué… ? A un marathonien… ? Cependant, si nous en avons le temps, je pourrais tenter de vous expliquer-de m’expliquer ! -comment l’art taurin s’est pris de passion pour moi, comment il a réussi à me fasciner à jamais…

On dit que l’enfance détermine de manière décisive la vie adulte de l’homme. Est-ce vrai aussi pour l’aficion ? Nombre d’amateurs vous dirons :

«Quand j’étais gosse, mon père m’emmenait aux arènes…» Pour moi, tout a commencé un 7 juillet à Pamplona, j’avais vingt-trois ans et une méconnaissance redoutable des choses taurines ! Ce jour-là, les toros étaient magnifiques, ils furent loués unanimement par la presse, les toreros connurent des moments de qualité supérieure. Le cadre, l’ambiance, la réussite, mon aficion a-t-elle connu là une enfance heureuse ? Une initiation aussi violente que convaincante ? Pourtant j’attendis plusieurs années avant de la conforter, muni cette fois de connaissances théoriques( merci Claude Popelin, merci Paco Tolosa !) et poussé par une irrésistible envie, attiré comme par un aimant. Depuis, je continue d’apprendre et… de m’interroger sur cette attirance.

D’abord, il y a le spectaculaire, bien sûr, la fête, la lumière, les couleurs, la musique, l’ombre, la chaleur, le mystère et les contrastes, qui témoignent de la persistance de l’éclat et de la gloire du spectacle. Mais si la corrida ne refuse pas l’anecdote, la facilité, l’illusion, ce qui la sauve toujours c’est qu’elle s’impose un récit, une rigueur, et un cadre dans lequel s’affrontent les concepts fondamentaux de vie et de mort, c’est qu’elle va à l’essentiel et restitue à leur comble tous les dessins des corps et les émotions humaines.

« Le plaisir croît avec la connaissance », disait Hemingway. Alors, un peu comme le torero-dont la technique nourrit l’inspiration afin qu’il donne l’impression qu’un seul geste bien balancé suffit à maîtriser la charge, quand il y a derrière ce geste tant et tant de manipulations, de réflexions, d’entraînements pour qu’au moment donné parvienne la réponse juste- l’aficionado fervent observe la corne et le muscle, analyse leur déploiement où se mesure la force du dialogue, découvre le poids réel de l’animal et la réussite de l’homme. Il demande à admirer le toro dans sa plénitude physique et s’élèvera contre un bétail diminué. Il admire autant le torero et, comme il sait ce qu’il en coûte, il s’abstiendra de crier sur son échec. (Quand un public éreinte un torero qui échoue ou qui triche, n’est-ce pas l’insuffisance de son espèce que son regard ne veut accepter ?)

Eternel recommencement quand s’ouvre la porte du toril. Comment s’habituer à ce déchirement des regards, à cette incertitude, à cet espoir irritant, à ce froissement continuel de l’émotion ? Comment croire qu’entre la violence bestiale et l’intelligence humaine, va s’ouvrir de nouveau l’expression magique d’un drame, l’illustration grandiose de l’équilibre instable entre vie et mort, la conquête périlleuse, la circonstance exaltée ?

Comprenez-vous pourquoi j’interrogeais « S’agit-il d’aimer la corrida ? » C’est qu’il est question là de tout autre chose quand le miracle de l’arène vous bouleverse et vous emporte, avec ses flamboiements, ses fulgurances, ses douleurs, son âpreté et son harmonie ! C’est chaque fois fatigué, interloqué, déçu ou comblé mais toujours ému, que je sors des arènes où une affiche colorée de promesses m’avait attiré comme un aimant. D’ailleurs, le mot « aimant » vient du grec « adamas » alors que « aimer » vient du latin « amare » !.

Pierre VIGNAUD

http://photosmotstoros.blogspot.com/



tem40 Le: 03/01/12
Pincement Padilla: le retour
Image aléatoire
Galerie
Recherche