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Picasso, période Nîmes" - Libération, le jeudi 7 juin 2012
Nîmes a fêté les soixante ans de sa feria avec un fantôme : celui de Picasso. Même le jeune torero de Malaga, Jiménez Fortes s’y est mis.
Vendredi 25 mai, pour honorer son compatriote, il a fait le paseo dans une cape aux motifs « picassiens » et brodée du mot « Guernica ». Picasso, dans les années 50, venait à Nîmes voir des corridas. Il descendait avec sa cour, son coiffeur Arias, Cocteau, Coco Chanel, Bernard Buffet, Annabel, Edouard Pignon, Cendrars, Bataille et autres au Cheval Blanc en face des arènes. Yves Layalle fils du patron de l’hôtel se souvient d’un homme simple, tout à fait abordable, chaleureux, bon vivant, qui l’encourageait à sortir avec Paloma sa fille et qu’on appelait « maître ». Ordonez, Luis Miguel Dominguin, Chicuelo II, Parrita venaient le saluer ; les toreros lui brindaient leur toro et les bandas venues de Logroño entraient dans l’hôtel pour lui mettre la nostalgie de l’Espagne au cœur à coups de cuivres. Picasso aimait l’amphithéâtre nîmois, boire dans une gourde Las Tres Z.Z.Z. et déguster la brandade de morue aux truffes. Joseph le maître d’hôtel demandait à Cocteau : « combien de personnes aujourd’hui à la table du « maître ? » Réponse : « un Picasso, trente picassiettes. » Pablo payait tout. Deux expositions et un livre lui sont consacrés*. L’ouvrage « Picasso sous le soleil de Françoise » d’Annie Maïllis se propose de montrer comment le toro rode dans l’œuvre et la vie de Picasso, plus particulièrement dans les années où Françoise Gilot partageait sa vie. Et son goût pour la corrida qu’il lui fait connaître dès 1948. Lui avait retrouvé le chemin des arènes l’année précédente en octobre et un peu plus de 30 jours après la mort de Manolete.



André Castel, Picasso, Françoise Gilot et Matsie Hadjilazaros, arène de Nîmes le 28 mai 1950 - collection particulière - extrait de l’ouvrage "Picasso sous le soleil de Françoise" d’ Annie Maïllis - photo DR


Cette corrida annoncée initialement pour le 28 septembre avait été reculée. Du coup Michel Leiris la rate. Picasso comme tout bon aficionado le fait pester en soulignant le côté inestimable de chaque course : « tu en verras d’autres, mais pas celle là ». Où les mexicains Rivera et Arruza, les espagnols El Vito et Parrita s affrontent six toros de Moura « des chèvres dociles » et deux de Pouly, « deux chèvres indociles » selon l’historien Pierre Dupuy. Sous les yeux de Picasso à qui il a brindé un toro Arruza coupe les deux oreilles et la queue d’un de ses adversaires qu’il a banderillé. Sa spécialité. Ce moment de la pose de banderilles constitue, selon Annie Maïllis, « une révélation » pour Picasso. Désormais le personnage du banderillero va, dans ses œuvres, supplanter celui, récurrent, du picador. C’est que cette « suerte » fondée sur l’adresse, la vivacité, la précision, la grâce pointue, le mouvement et sa suspension élégante face aux cornes résonnerait avec son geste « rapide, incisif, précis dans les aquatintes, les linogravures, les céramiques ». Elle correspond aussi au sentiment qui l’anime devant le spectacle de la corrida. Un sentiment qu’il partage avec son ami nîmois et aficionado André Castel pour qui la corrida ne devait pas être « une messe des morts ». Avec ses amis célèbres comme Jean Dubuffet ou avec son chauffeur Marcel, Picasso, souvent en cravate, s’assied à un premier rang de l’ombre non pas pour disséquer la tauromachie comme technique mais pour la célébrer comme une fête. La fiesta brava, la fiesta surtout, de los toros puisque c’est eux, leur vitalité, leur fureur qui, pour lui, dispensent l’obscure et à la fois lumineuse émotion de la corrida. Yves Layalle le confirme. « Picasso avait une obsession : le toro. »



Jacques Durand.


*Annie Maïllis : « Picasso sous le soleil de Françoise ». Images En Manœuvres éditions. Nombreuses illustrations. 184 pages 35 euros.

* expositions : « Picasso, Nîmes et les toros » Musée des cultures Taurines. Jusqu’au 7 octobre. Tous les jours sauf le lundi.
Pablo Picasso et Françoise gilot, peintre et muse, Musée du vieux Nîmes. Jusqu’au 7 octobre tlj sauf lundi.



http://signesdutoro.france3.fr/index.php?page=article&numsite=1148&id_rubrique=8600&id_article=33593



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