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COMPTE RENDU D’AUDIENCE SPA / VILLE DE DAX / JUAN LEAL






L’audience consécutive à la citation directe de la SPA contre la ville de Dax et Juan Leal a eu lieu jeudi après-midi 1er juin et a duré plus de trois heures.

L’impression qui en ressort est une écoute attentive de la part du tribunal et du ministère public, qui ont souhaité approfondir la dimension culturelle de la tauromachie, posant de nombreuses questions aux intervenants, dont le président de l’ONCT, cité comme témoin par la défense, qui a pu démontrer que le sentiment universel de dépassement de soi explique l’existence de tauromachies dans toute la culture indo européenne partout où existaient des toros sauvages, ce qui est le cas de la région de Dax où la vache des marais peuplait le littoral aquitain et le bassin de l’Adour.

La nature belliqueuse du toro explique la fascination qu’il provoque et le désir de se mesurer à lui. Du taureau on fit un dieu dès avant le néolithique. Cette vénération qui entoure le toro explique l’émergence de chasses ou jeux sacrificiels communs à toutes ces régions, réunis par Rome en spectacle dans ses amphithéâtres puis conservés par les Francs et les Wisigoths grâces aux races autochtones sauvages, dont celle des marais landais. La trace de ces jeux ne remonte « qu’à » 1289 à Bayonne, 1457 à Saint-Sever, et si aucune fête taurine médiévale n’est documentée à Dax, au cœur du bassin de la race marine où elles existaient aussi à l’occasion des foires, comme à Aire, Moumour en 1470 ou Bazas, c’est que les archives de l’époque antérieure sont à la Tour de Londres et qu’une partie de celles des siècles postérieurs fut brûlée durant la révolution.

Ce que les documents ne disent que de manière incomplète (concernant Dax la première course de rue interdite en vain date de 1635), les populations le montrent : l’affrontement du toro appartient à l’ADN de nos régions. Les modalités ont changé au fil des millénaires mais la nature du combat demeure : l’homme donne la mort au toro en lui offrant sa vie.

La première course « à l’espagnole »documentée dans la région date de 1701 à Bayonne. 320 ans.Mais la première tauromachie représentée le fut il y a 28000 ans à Villar, prés de Lascaux, où l’on voit un homme défier l’aurochs pour le tuer afin d’assurer la subsistance des siens. Dans les Pyrénées toute proches on a recensé plus de 30 grottes protégées par le «zezengorri », taureau rouge protecteur du monde souterrain, descendant navarrais de l’aurochs, comme la race marine ici.

Nier l’existence de la culture taurine à Dax et dans sa région est du négationnisme : plus du double de sa population passe chaque année dans ses arènes. Parler de cruauté comme le fait la SPA s’explique par l’anthropomorphisme qui fait des ravages dans notre société : le taureau de combat n’a rien à voir avec les animaux de compagnie qui croupissent à perpétuité dans les cages de la SPA ou finissent euthanasiés dans les fourrières : plus de cent mille chaque année selon diverses sources, cent fois plus que de toros combattus dans les arènes. Comparé à ces malheureux animaux, le toro vit en liberté et meurt conformément à sa nature de combattant, entouré d’un respect unanime.En parlant de cruauté, la SPA induit que le matador qui tue le toro serait un être vil capable de torturer le teckel de sa grand-mère, de cuire un chat vivant dans le micro onde ou de tirer sur son chien, monstruosités que la loi sanctionne à juste titre, alors qu’elle autorise les corridas, précisément parce que leur dimension culturelle exclut tout soupçon de cruauté. La SPA se trompe de combat. Elle aime sans doute les animaux mais toreros et aficionados vénèrent le toro.

Le tribunal a apprécié que Julien Dubois, maire de Dax, soit venu défendre avec sincérité et passion l’identité taurine de sa ville, comme Jean-René Etchegarray et Robert Ménard l’avaient fait chez eux.Il a rappelé que ce patrimoine fait partie de l’identité de Dax, de sa culture, et qu’en tant qu’élu, même s’il n’avait pas fréquenté les arènes depuis son jeune âge, il se devrait de le défendre et de le revendiquer au nom de l’histoire. « Je n’oublie pas, a t-il précisé, et les dacquois non plus, que voici plus d’un siècle un maire de Dax fut révoqué pour avoir autorisé une course de taureaux que le ministre de l’intérieur avait interdite car la loi était différente. Et chacun sait à Dax que le maire révoqué fut réélu triomphalement et devint ministre. Je n’oublie pas non plus qu’un autre maire de Dax fut rapporteur de l’exception culturelle attribuée aux régions de tradition, votée par le parlement et confirmée depuis par le conseil constitutionnel. Je serais donc un piètre successeur de ces grands maires de Dax si je n’étais pas comme eux capable de défendre ce patrimoine profondément ancré dans le coeur de nos administrés et bien au-delà. Aujourd’hui la loi est de notre côté et l’évidence s’impose : la tradition taurine est incontestable à Dax, pérenne dans sa forme actuelle depuis un siècle et demi, mais bien auparavant dans sa version gasconne, à tel point que même le COVID ne l’a pas interrompue puisque Dax fut la seule arène du sud-ouest à organiser une corrida l’an passé malgré un contexte sanitaire très défavorable, mais que le civisme des aficionados permit de dépasser ».

Le tribunal a apprécié aussi que Juan Leal ait fait le déplacement de Séville pour défendre son honneur avec intelligence et passion, de même que les interventions de Jean-François Magesté (éleveur), Yves Charpiat (président des vétérinaires taurins), Jean-Michel Mariou (auteur d’un livre sur Juan Leal) et André Viard (président de l’Observatoire) cités comme témoins par la défense.

Nos avocats ont été brillants, Michel Duffranc particulièrement, dans une faena profonde alliant virtuosité technique et sentiment.Sur le fond nous obtiendrons sans doute satisfaction et peut-être même avons-nous une petite chance d’obtenir une condamnation de la SPA à des dommages pour procédure abusive. Ce qui serait un triomphe.

Verdict le 9 septembre, la veille de « Toros y Salsa »...

André VIARD




tem40 Le: 05/06/21
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