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Rss De J.Durand à propos du livre "Profession torero" de R.Pilès.
Selon Robespierre on ne peut pas tout conjuguer. Ainsi, il faisait finement
remarquer qu’on ne pouvait guère dire : « j’ai été guillotiné. » Pareil pour les toreros. On
ne peut pas dire j’ai été torero.Torero quand on l’a été on le reste « à perpète » écrit le
préfacier Antoine Martin. C’est comme la varicelle : on en garde toujours des traces.
Cependant être torero n’est pas une maladie, mais si on veut l’être il faut l’être à fond,
comme un malade. Le torero Robert Piles qui comme apoderado s’occupe maintenant des
autres se penche dans un petit texte *enjoué, malicieux et vif sur ce qui reste son état et
fut sa profession. « La profession la plus belle et la plus enfoirée », qui « écrabouille
toute les autres. » Lorsqu’ils ne pratiquent plus, les toreros ont tendance à revenir sur
leur passé qui d’ailleurs a beaucoup de mal à passer. Ils le recomposent. Ce n’est pas le
cas de cet ouvrage. Et ce qui en fait son élégance. Pas de forfanterie. C’est que
Piles parle très peu de sa carrière et livre, avec beaucoup de second degré, non pas une
analyse mais une « vision » de ce métier qui colle à la peau. Où le toro fait des trous.
Postulat : torero est une profession superlative et les toreros les êtres les plus
séduisants : « le plus couillon d’entre nous est entouré d’une cour impressionnante ». Ils
aimantent tout : « les hommes, les femmes, les intellectuels, les journalistes, des comtes,
des marquises, des homos, des putes et même des curés et des militaires. » On l’a
vérifié. Et avec ça des types « super intelligents. » Par exemple, ce sont des Paganini du
Blackberry. Ils se sont adaptés si vite au portable qu’ils sont maintenant capables de
remplacer un torero « avant même qu’il se soit fait attraper par le taureau ».
Et dans le privé ? « Des maris plutôt passables, des pères moyens mais comme amants,
des chefs. » En résumé, les toreros sont « tous des sales bêtes » admirables, inégalables,
paradoxaux. A la fois « les moins dégourdis » et « les plus malins. » C’est que les toreros
se nourrissent de jamon iberico, d’exploits, de tours pendables et de paradoxes. Ainsi
écrit Piles « il faut beaucoup courir à l’entrainement pour mieux rester immobile en piste
devant le toro ». Et Belmonte ? Laid en dehors du toro et « le plus beau devant. »
Chemin faisant, Piles qui connait ce milieu par coeur donne, au passage, quelques avis
sur la marche actuelle de ce monde foutraque. Il évoque les dangers des monopoles -
organisateur, éleveur, apoderado en même temps- et du trop grand nombre de corridas.
Il regrette la fin de la concurrence entre toreros. Il fait la différence entre plusieurs types
d’échecs, « des pétards » dans la langue du toro et philosophe sur les coups de corne. Un
dernier aveu : pour lui la tauromachie, la pure, la classique est castillane, pas andalouse.
Et au fait, qu’est ce que c’est la tauromachie ? « Une paella ». C’est-à-dire un équilibre
subtil entre les ingrédients. Et les toreros au final, des cuisiniers ? Non « des entités
vagues », « une race à part », des êtres « différents et illogiques », qui affrontent les
cornes mais peuvent s’évanouir à la vue d’une seringue et se trouveraient déshonorés de
faire la queue au guichet de la sécu comme n’importe quel quidam. Ils ne sont pas des
quidams mais des « morceaux de monstres » comme on dit et comme furent les six
maestros qui l’ont marqué et à qui il dédie ce succulent ouvrage : Domingo Dominguin,
Luis Miguel Dominguin, Antonio Ordonez, Miguelin, José Mari Manzanares père.
Jacques Durand
 
 
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Ecrit par: tem40, Le: 12/10/11


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