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L'abécédaire du Papa Gato

Après quatre journées passées à Madrid pour la San Isidro,
du 14 au 17 mai
quelques mots en forme d'abécédaire dans la valise aux souvenirs.


-A comme "ALMA HERIDA". Titre d'une expo photos de Joséphine Douet installée sous les voûtes des arènes. Consacrés aux cicatrices qui zèbrent le corps des toreros, traces des coups de cornes qui ont fouillé leurs chairs, ces clichés, cliniques et humains à la fois, sont accompagnés de courts textes, souvent intenses, des toreros photographiés. Un parcours et une interrogation sur le risque et le sens de la vie. Vaut le déplacement.
-B comme BONHEUR. Le bonheur de se retrouver dans un Madrid toujours aussi vivant, paisible et survolté à la fois. Bonheur de s'asseoir dans ces arènes magiques, à jamais impressionnantes. Bonheur d'une nouvelle visite au Prado, revoir les Menines, El Bosco et la Gallina ciega. Et finir les soirées à Santa Ana, Lavapiès ou la Chueca. Cliché? Peut-être. Mais le bonheur de vivre en prime.
-C comme CASTELLA. Le voilà revenu. Impressionnant d'engagement, de courage, de présence. Superbe! Sans aucun doute, Castella a frappé un grand coup. Comme un air de retour en première ligne. S'il continue dans cet élan, on va entende causer du pays!
-D comme DOMECQ. Sont-ils critiqués ces Domecq! Et pourtant, il y a Domecq et Domecq et certains ne manquent ni de bravoure ni de caste. Tous les toros madrilènes de ces quatre jours étaient d'origine Domecq. Si la plupart manquèrent pour le moins de grandeur, affichant une médiocrité trop fréquente, quelques uns furent intéressants. Attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain et se méfier des a priori aveuglés. À aficionado, aficionado et demi...
-F comme FIGURAS. Belle démonstration d'engagement des figuras devant les toros encastés (mais oui!) de Victoriano del Rio. Manzanares se battit avec son second et Talavante ne fut pas en reste d'entrega. Quand à Castella, déjà évoqué plus haut, il était venu pour se la jouer. Ce qu'il fit, blessure à la clé. Une combativité de nos vedettes qui prouve qu'ils se grandiraient à se mesurer plus souvent à des toros qui résistent à leur tauromachie pré mâchée.
-F comme FANDIÑO. Bon, allez, le torero basque en a, le prouve et coupe l'oreille. Beaucoup de technique également et du savoir faire. Il n'est pas mon idéal mais reconnaissons la valeur et la force de son toreo. Le toro n'était pas commode, beaucoup s'y seraient cassés les dents. Fandiño s'en tire avec une oreille de poids. Chapeau!
-G comme GONZALO CABALLERO. Petit novillero, peu expérimenté, mais, mais, mais, mais... il sait que, dans une arène, ce qui a de l'importance se fait lentement. Une oreille de reconnaissance et d'encouragement. Si les petits cochons...
-H comme HUMOUR. Sur les gradins du soleil à Las Ventas, on s'amuse. Plaisanteries, bonne humeur, casse-croûte et rencontres faciles. Un art de vivre convivial et chaleureux. Et même quand on gueule, qu'on s'engueule, les rires fusent. Alegria!
-I comme INDIGNÉS. Tous les soirs, rassemblement à la Puerta del Sol. Contre l'austérité, la misère, l'ultra-libéralisme, son consumérisme effréné et ses privilégiés. L'Espagne du commun des mortels, l'Espagne de la rue, souffre, le montre, se pose des questions et se révolte. On passe devant les centaines d'indignés réunis tous les soirs au centre emblématique de la ville et tous les soirs, on s'attarde, on écoute les forums improvisés et on se prend à rêver d'un monde différent et meilleur. La Porte du Soleil...
-J comme JEUNESSE. De nombreux trentenaires sur les gradins. Aficionados certains, simplement "de sortie" beaucoup d'autres. On va à Las Ventas en couple, jeunes et rigolards, on savoure les plaisanteries folklos des vieux, on boit du coca et on grignote des pipas. Si le torero est bon, on l'applaudit sans réserve; quand on s'ennuie on envoie des textos.
-L comme LAS VENTAS. Quelle arène! Chaque jour, en pénétrant sur le tendido, le même choc. On est impressionné par les dimensions imposantes, la hauteur surtout, et la mémoire qui s'en dégage. Une cathédrale, un Centre, nombril du monde taurin. Non, Las Ventas ne change pas. Si vous le pouvez, faîtes-y le voyage. Vous n'y verrez peut-être pas de grandes corridas mais vous y retrouverez la tauromachie intacte.
-M comme MUCHA GENTE. Des prix de places très abordables expliquent sans aucun doute le très fort taux de remplissage des arènes. La corrida reste ce spectacle populaire qu'il a cessé d'être dans de nombreuses villes d'Espagne et de France.
-N comme NAUFRAGES. Conchi Rios et Julio Aparicio à la dérive. Mêmes raisons: la peur, le manque de confiance, les limites physiques. Pénible.
-P comme POLICIA. Beaucoup de policiers dans les rues. Déploiement de force. L'Espagne des puissants, sur le qui-vive, veille au grain. Bien malin qui peut savoir comment cela va tourner. Comme une odeur de lacrymos...
-R comme RESCAPÉ. Un banderillero en bout de course s'écrase contre la barrière, tombe au sol, évitant ainsi la corne qui frappe le bois de plein fouet et se casse sous la violence du choc. Pendant quelques minutes les toreros, choqués, paniquent et perdent les papiers: glissades, désarmés, on frôle la cornada plusieurs fois. Puis cela se calme et la tornade s'éloigne. La mort est passée et s'en est allée, bredouille.
-T comme TENDIDO 7. Passons rapidement sur l'intégrisme nauséabond des gueulards du siete. Ils ont tout de même réussi à pourrir le cartel vedette de ces journées. Pour Manzanares et Talavante ce fut un sabotage en règle. Castella s'en est mieux tiré... au prix de son sang. Quand aux toros de Victoriano del Rio, ils étaient condamnés d'avance malgré leur belle présentation et leur caste. Stupides!

J'aime Madrid.
J'aime Las Ventas.
J'y retrouve, comme à une source pure,
l'essence de la tauromachie.
Au-delà des vicissitudes et des turpitudes d'aujourd'hui
Madrid demeure le lieu privilégié et fondateur de mon aficion


http://lesclameurs.blogspot.fr/



tem40 Le: 30/05/12
Un espontaneo saute dans l'arène de las Ventas. El Juli frôle la tragédie à Aranjuez
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